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Du 18è siècle aux temps modernes
Le règne de Mohammed II ben Abdallah (1757 - 1790) vit les débuts du commerce
avec l'Europe. Au XIXe siècle, l'économie entra en crise et le désordre règna.
Les Français pénètrèrent au Maroc, en 1844, et gagnèrent la bataille d'Isly alors
que les Espagnols s'emparaient de Tétouan en 1860. Moulay Hassan (Hassan Ier,
1873-1894) réussit cependant à maintenir l'indépendance politique du pays, |
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mais l'affaiblissement du pouvoir central, l'entrée
en dissidence de nombreuses tribus et les effets de la crise financière obligèrent
l'État marocain à contracter des emprunts de plus en plus coûteux; celui de 1904
entraîna l'installation dans les ports marocains de contrôleurs français.
Le protectorat français
La conférence d'Algésiras (1906), qui entérinait l'intervention des puissances
occidentales au Maroc, reconnut à l'Espagne et à la France des droits particuliers.
De 1907 à 1912, une série d'incidents provoqua l'intervention de l'armée française;
en août 1907, les Français débarquèrent à Casablanca, puis occupèrent Oujda, Casablanca
et Fès. En dépit de l'opposition de l'Allemagne, le traité de protectorat, finalement
imposé au sultan du Maroc, fut signé à Fès le 30 mars 1912. (Par ailleurs, en
novembre 1912, la convention de Madrid plaçait le nord du pays sous protectorat
espagnol.) Le général Lyautey fut nommé premier résident général de la France.
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La résistance marocaine fut vive, et les révoltes berbères nombreuses.
Après la reddition d'Abd el-Krim, qui souleva les masses paysannes dans le Rif
(1919-1926), la France mena une campagne de "pacification" qui ne prit fin qu'en
1934; le protectorat fut remplacé par l'administration directe. |
La France encouragea la colonisation rurale avec l'installation d'Européens, qui,
par ailleurs, introduisirent de nouvelles cultures et commencèrent l'exploitation
des phosphates. Elle entretint également l'opposition entre Arabes et Berbères
: un dahir de 1930 retira la juridiction des populations berbères au sultan, responsable
de la loi musulmane, et leur établit des tribunaux propres appliquant le droit
coutumier.
Ce fut l'occasion d'un réveil de l'opposition. Allal al-Fasi et un groupe de jeunes
lettrés fondèrent à Fès le parti national, avec pour revendication essentielle
l'abrogation du dahir. Mais, alors que s'achevait la pacification française, les
prémices du mouvement pour l'indépendance se faisaient déjà sentir.
Le mouvement nationaliste fut influencé par les doctrines réformistes et le panarabisme
qui agitaient alors toutes les sociétés musulmanes. Un Comité d'action marocain
pour la réforme, créé en 1934, réclama l'application stricte du traité de protectorat.
En 1937, le Comité se sépara entre l'Istiqlal (1943) et le Parti démocratique
de l'indépendance (1946). La défaite de 1940 devant les Allemands affaiblit encore
la position de la France. L'Espagne occupa Tanger de 1940 à 1945.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, les troupes marocaines combattirent aux côtés
de la France libre, mais la rencontre entre le sultan Mohammed V ben Youssef et
le président américain Roosevelt à Anfa, en juin 1943, accentua les revendications
nationalistes.
| En 1944, Mohammed V refusa de ratifier les décisions du
résident général et, dans un discours prononcé à Tanger, en avril 1947, commença
à réclamer l'indépendance. Au lendemain de la guerre, la pénurie alimentaire provoqua
une grande misère et une forte émigration rurale. La résistance au protectorat
prit alors un caractère plus urbain. |
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Oppositions rurale et urbaine se rejoignirent après 1950, au moment où le sultan
prenait une part prépondérante dans la lutte pour l'indépendance. Le gouvernement
français nomma des résidents généraux intransigeants: les généraux Juin (1947-1951)
et Guillaume (1951-1954).
En 1951, sous la pression des autorités françaises, soutenues par le pacha de
Marrakech, Al-Hadj Thami al-Glaoui, surnommé le Glaoui, le sultan fut contraint
de renvoyer ses collaborateurs membres de l'Istiqlal. Après avoir tenté, en vain,
de négocier avec la France, Mohammed V prononça, en novembre 1952, un discours
exigeant l'émancipation politique totale et immédiate du Maroc. Appuyé par la
France, des notables et des chefs de confrérie, avec à leur tête le Glaoui, entrèrent
alors dans un complot visant à renverser le sultan: le 20 août 1953, la France
déposa Mohammed V, qui fut exilé en Corse, puis à Madagascar, avec ses fils, dont
le futur roi Hassan II. Une rupture totale s'instaura dès lors entre le nouveau
régime et la population, qui ne reconnut pas la légitimité du sultan mis en place
par la France, Mohammed ibn Arafa, un autre membre de la famille alaouite. Ce
refus revêtait un caractère politique, religieux et économique (boycott des produits
français); il s'accompagna d'une vague d'agitation et de la constitution d'une
armée de libération.
Le Maroc indépendant
La conjonction des insurrections marocaine et algérienne contraignit Paris,
qui choisit de consacrer l'essentiel de son effort militaire à l'Algérie, à engager
des négociations avec le sultan Mohammed V. En 1955, à la suite d'actes terroristes,
la France se résigna finalement à accepter le retour du sultan au Maroc. Le 2
mars 1956 fut signée une convention qui abolit le traité de Fès et reconnut l'indépendance
du Maroc. Le statut de Tanger fut aboli (29 octobre 1956). L'ampleur des manifestations
populaires obligea également l'Espagne à mettre fin à son protectorat, le 7 avril
1956. Après quarante-quatre ans de tutelle étrangère, le Maroc retrouvait son
indépendance et son unité. Mohammed V rentra dans son pays, acclamé comme le libérateur
de la nation marocaine. Dès 1958, il annonça des réformes économiques, sociales
et politiques, et s'engageait à doter le Maroc, érigé en royaume, d'institutions
permettant une participation directe du peuple à la gestion des affaires publiques.
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Le règne de Hassan II
Mohammed V mourut le 26 février 1961. Son fils Hassan II lui succéda. Respectant
la promesse qu'il avait faite à son père d'établir un régime démocratique dans
le cadre d'une monarchie constitutionnelle, il fit approuver par référendum, le
7 décembre 1962, une Constitution qui instituait le multipartisme et la séparation
des pouvoirs. |
Le rôle du Parlement était toutefois relativement limité. Celui du roi, en revanche,
était très étendu: le monarque nommait le Premier ministre et les ministres, qu'il
pouvait révoquer à son gré. Chef des forces armées, il avait le pouvoir de proclamer
l'état d'exception si le pays venait à être menacé. En tant que "Commandeur des
croyants", il était le chef religieux suprême et veillait au respect de l'islam.
Les années qui suivirent l'investiture d'Hassan II virent éclater des émeutes
populaires à Casablanca, Rabat et Fès. Le Front de défense des institutions constitutionnelles,
formation progouvernementale, ne put obtenir la majorité aux premières législatives.
Dans l'incapacité de former un gouvernement, le leader de l'Istiqlal, Allal al-Fasi,
passa à l'opposition en janvier 1963. En juillet 1963, le gouvernement fit arrêter
des militants de l'UNFP (Union nationale des forces populaires), parti d'opposition
dirigé par Al-Mahdi Ben Barka, lequel dut fuir à l'étranger.
En mars 1965, des manifestations d'étudiants furent sévèrement réprimées par le
général Oufkir, ministre de l'Intérieur. En juin, l'état d'exception fut institué,
la Chambre fut dissoute et le roi prit les pleins pouvoirs. En octobre 1965, Ben
Barka, condamné à mort par contumace pour complot contre le régime, était enlevé
à Paris et secrètement assassiné. Une nouvelle Constitution fut adoptée par référendum,
en juillet 1971, malgré l'hostilité de l'Istiqlal et de l'UNFP qui se regroupèrent
en un Front de l'opposition et refusèrent de participer aux élections législatives.
La découverte d'un complot contre le roi en mars 1971 donna lieu à 180 arrestations.
Deux nouvelles tentatives d'assassinat de Hassan II devaient provoquer une sévère
répression : le 10 juillet 1971, les cadets de l'École militaire tentèrent de
renverser le roi lors d'une réception dans sa résidence de Skirat ; le 16 août
1972, l'avion ramenant de France le roi échappa de justesse aux tirs de l'aviation
de chasse marocaine. Compromis dans l'attentat, le général Oufkir fut trouvé mort
le lendemain.
À partir de 1973, le roi, en habile politique, comprit la nécessité d'assouplir
son pouvoir. La "marocanisation" des terres reprises aux étrangers lui redonna
l'adhésion populaire, et la question du Sahara espagnol lui permit de ressouder
autour de sa personne l'ensemble de la population. Le Front Polisario avait entamé
sa lutte armée en 1973 (Madrid envisageait alors d'accorder l'indépendance à ce
territoire, que le Maroc revendiquait). À l'automne de 1975, Hassan II organisa
la "Marche verte": environ 350 000 Marocains répondirent à son appel et, "drapeau
en tête et Coran à la main", marchèrent pacifiquement jusqu'au Sahara occidental.
Cette marche eut un impact extrêmement fort à l'intérieur du pays, dans la mesure
où toutes les forces politiques, y compris celles de l'opposition, hormis l'UNFP,
se placèrent aux côtés du monarque. Par contre, cette question entraîna une crise
profonde entre le Maroc et l'Algérie, qui apporta son soutien au mouvement sahraoui.
L'admission, en 1982, de la République arabe sahraouie au sein de l'OUA constitua
un revers diplomatique pour le Maroc. Les difficultés économiques et les mesures
de redressement préconisées par le FMI provoquèrent de nouveau, en mai et juin
1981 puis en janvier 1984, des manifestations à Casablanca qui furent sévèrement
réprimées. Les années 1990 furent toutefois marquées par la reprise du dialogue
avec l'opposition parlementaire, une certaine diminution des tensions sociales
et un début de règlement de l'affaire du Sahara occidental.
Le 6 septembre 1991, le Maroc, ayant maîtrisé la "guerre des sables", signa avec
le Front Polisario un cessez-le-feu dont l'entrée en vigueur devrait permettre
la tenue d'un référendum d'autodétermination - proposé par l'ONU et l'OUA depuis
1988 - qui décidera de l'avenir des populations du Sahara occidental. Sur le plan
intérieur, la monarchie marocaine, qui se trouvait également confrontée à un islamisme
en expansion depuis les années 1970, chercha un modèle original de démocratisation.
Hassan II, désireux de moderniser son pays, s'efforça d'ailleurs de prolonger
le climat d'union nationale qu'avait suscité la "Marche verte" : libération de
prisonniers politiques, levées de la censure, élections, reconnaissance des partis
d'opposition, dont l'Istiqlal, et légalisation des mouvements de défense des droits
de l'homme. Sous la pression conjointe de la contestation intérieure et de la
volonté du roi, une nouvelle Constitution, approuvée par référendum en septembre
1992, élargit le rôle du Parlement et affirmé plus nettement la séparation des
pouvoirs.
Ainsi, en novembre 1997, les premières élections législatives au scrutin universel
donnèrent la majorité des sièges à l'Union socialiste des forces populaires (USFP),
tandis que le Mouvement populaire constitutionnel démocratique (islamiste) obtenait
six sièges dans la nouvelle Assemblée. Nommé Premier ministre par le roi Hassan
II, le socialiste Abderahmane Youssoufi fut chargé de former le gouvernement de
coalition.
En juillet 1999, le prince Sidi Mohammed, fut intronisé sous le nom de Mohammed
VI, après la mort de son père, Hassan II, roi du Maroc depuis 37 ans.
Sur le plan international, le Maroc, qui a adhéré au GATT (c'est à Marrakech
que fut signé le 15 avril 1994 l'accord final de l'Uruguay Round), a activement
participé à la création, le 17 février 1989, de l'Union du Maghreb arabe (UMA)
avec l'Algérie, la Libye, la Mauritanie et la Tunisie.
Par ailleurs, entre grogne sociale et agitation islamiste, l'ancrage à l'Europe
semble revêtir une importance stratégique : en 1987, le Maroc - dont la diplomatie
joue un rôle actif dans la recherche de la paix au Moyen-Orient - a fait acte
de candidature pour rejoindre la Communauté européenne.
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